Il a troqué sa province contre les rues de la capitale
Avec en tête, une ligne de mire aussi précise que radicale
Il voulait mettre le feu aux poudres dans les salles
Avec la foudre dans les yeux et le Hip Hop comme arsenal
Mais très vite, noyé dans la masse, il prend sa claque
MC part au charbon car personne connaît son nom
Personne connaît son son, chaque soir c’est la pression
Il réalise le chemin à parcourir avant d’être dans les bacs
Car c’est lent, c’est dur, c’est le passage obligatoire
Ca peut virer des rires aux larmes en un éclair de désespoir
Le jour, il bosse, la nuit, il affûte son répertoire
Forcé de jouer sur les deux fronts pour pas finir à l’abattoir
Seulement, pour l’instant il vit dans l’ombre de têtes d’affiche
Pour l’instant seulement, il fait ses classes quand d’autres restent à la niche
Alors il s’exécute, ferme les yeux et s’imagine,
Monte sur les planches comme à Bercy avec derrière la grosse machine

Il représente

Regard écarquillé, personne ne le comprend
En face de lui, il n’y a que des vieux et des enfants
Ils veulent danser léger, le rap conscient, ils trouvent ça chiant
La salle se vide progressivement et ça lui glace le sang
Il parle aux siens et se retrouve chez les branchouilles
Au dîner de cons, ce soir, ça mange de l’andouille
Un verre de trop et le dessert vire à l’embrouille
Et bing ça pose le mic et les instrus, ça part en couille
Soirée plein air, il pleut, il est vener
Sont tous à la buvette et carburent à la bière
Y a plus qu'sa mère sous le parapluie qui suit le concert
Derrière deux ou trois poivrots en délire qui vocifèrent
Le bar est mort et les serveurs regardent le foot
Il y va parce que c'est l'heure tant pis rien à foutre
Il se sent minable il flippe tout d'un coup il doute
Il se dit "merde à quoi ça sert de jouer si personne ne m'écoute"

Il représente

Visage marqué par le poids des sacrifices
MC fume pour s'évader et oublier ses cicatrices
Son cœur se sert quand il regarde en arrière
Le chargeur est surchargé car sa galère est journalière
Il n'est pas là pour faire tralali ou tralalère
Chez lui l'inspiration se puise au bout de la chaîne alimentaire
Il a forgé son flow en essuyant les plâtres
Et si maintenant son rap te frappe c'est qu'il a toujours du se battre
Il roule sa bosse en marge selon ses propres codes
Et n'attend rien de l'industrie sort ses galettes en autoprod
Son buzz grandit aux antipodes de leurs paillettes
Il fait son trou, assume le prix de l'indépendance même dans les sales défaites
Et peut être bien qu'il ne sera jamais disque d'or
Et alors la belle affaire il l'ouvre de plus en plus fort
Maîtrise tous les contours de son art contestataire
Les mains dans le cambouis, mais pas un genou à terre.

Il représente