La nuit est sombre mon ami
La nuit est sombre et pourtant
Une vieille légende parvient à s'extirper des décombres pour me chanter sa superbe
Je me souviens des parties de trictrac aux terrasses bondées des cafés
L'odeur de la chicha à la pomme et les charbons qui prennent leur temps pour se consumer.
Je me souviens
Le goût de la kebbé de ma grand-mère le dimanche
Son café blanc le soir au balcon avant de se coucher
La sonnette des vendeurs de Ka3ké dans la rue
La vie qui grouille oui
Parfaitement la vie
Je me souviens
Les parties de cache-cache dans le Horoch avec les enfants du quartier
Les grappes de raisin chapardées
La chair rouge des figues de barbarie grosses comme nos poings de l'époque
Je me souviens
Des bains de mer jusqu'au soleil couchant
Et le bruit des palettes qui résonnaient dans la crique.
Les sauts d'eau chaude pour se dessaler à la louche en chahutant avec les cousins
Je me souviens
Oum Kalsoum
La man'ouché fraîche au petit-déjeuner
Et les grains de sésame collés au dents
Les langues qui se mélangent se confondent pour parler d'une seule voix
Le soirées folles de la capitale
Les excursions à la montagne et les mezzé interminables
Et l'arak qui coule à flot
Et les rires des anciens
Je me souviens
Tout ça a pourtant bien existé nous ne sommes pas fous
Ici le devoir de mémoire est inversé
Nous devons nous rappeler qu'avant qu'elle s'installe il faisait jour
Nous devons nous rappeler qui nous sommes
Pour l'identité
Nous avons la responsabilité d'attester qu'il y a eu des heures où nous vivions
Comme des Hommes
Nous avons la responsabilité d'affirmer qu'à un moment
Nous étions libres
Le revendiquer le crier sur tous les toits jusqu'à le transpirer
Histoire de ne jamais l'oublier
Histoire d'en garder le souvenir et rêver de nouveau
Pour se donner la force oui c'est ça
Rien que pour se donner de la force
Un peu de chaleur un peu d'ivresse
Un peu de grâce dans un moment de suspension
Rien que pour se donner de la force

Rien que pour se donner de la force
Dans ces moments-là.