La nuit est sombre.
Elle est revenue
Elle est là elle se pavane arrogante et fière
Elle avance
À travers champs de ruines et mare de sang.
Elle gagne du terrain
Elle a planté solidement le drapeau de sa folie et ses rangs progressent
Elle a son lot de plombs à livrer de toutes tailles
Et mille façons d'envisager leurs déflagrations.

La nuit est sombre
Elle nous entoure nous enveloppe et ses bras sont froids
Snipers à tous les carrefours Check-point Milice
L'horreur est consanguine dehors
Il n'y a que des hordes à la jonction des vents
Des morceaux de villes éventrées
Des bouts de vie calcinés
Des matelas sur les fenêtres
et des cages d'escaliers pleines à craquer
Électricité coupée quelques bougies des couvertures
La nuit est sombre
Une vieille radio portable grésille les dernières nouvelles
Te chante la énième médiation et les mêmes fins de pourparler
Les cessez-le-feu rompus et le bilan d'encore une lune de combats acharnés

La nuit est sombre
Voilà longtemps qu'elle s'étire
Qu'elle dure
Qu'elle semble installée pour l'éternité
Elle a toujours été là
J'ai grandi avec
Une cohabitation forcée qui a lynché le cours de mon enfance
Et chaque jour son lot de mauvaises nouvelles
Cette façon de vivre avec
Cette maudite sirène qui égraine le temps qu'il reste pour se mettre à l'abri
Et puis
Le cours des choses reprend
Clopin-clopant
Mohamed m'a dit qu’il y a du pain au four d'Abou Éli
Tu as su pour la maison d'Abou Hassan ?
Les enlèvements, les meurtres, les purifications
Les « Ça fait longtemps qu'il est parti il aurait déjà dû revenir! »
Des silences de glace.

La nuit est sombre et je grelotte transi de peur sous le fracas d'une horrible pluie d'été.
Et j'attends l'accalmie qui ne vient pas.
J'attends qu'elle parte
Qu'elle se taise
Et qu'elle nous laisse enfin tranquille