Je viens d'un monde piétiné
Un monde tapis de bon marché
Je viens d'un monde paillasson
Encrassés
Enfouis sous les déchets
Nous aimerions nous laver
Nous lever
Crier d'une voix pleine le désarroi
Mais rien ne sort je viens d'un monde carpette
Ecrasé
Méprisé
Un monde carpette et je m'abîme
Un monde à la dérive en fuite
Rythmé par les trois huit
Un monde en quête d'une accalmie
D'un cessez-le-feu qui ne vient pas
Je cherche l'abri
L'imperceptible faille
La brèche où je pourrais me déplier et enfin respirer
Car dans ma tête sévit une tempête en sourdine
Le crâne fendu sous un vacarme silencieux
Ici le bout d’la chaîne

On y naît et on y meurt et on ferme sa gueule
Et mieux vaut ne pas y penser va
Mieux vaut ne pas se poser de questions
Ici on pense le moins possible
Penser c'est se faire mal
Nous avons notre ration de petites humiliations
Notre lot de souffrances à usiner
Nous avons nos rivières de déception et nos ciels de dépression
À ruminer
Nous ?
Nous voulons oublier
Nous voulons nous soulager nous sommes fatigués
Mais on tourne en rond
Sans s'arrêter sans même en avoir conscience
On tourne en rond
Ici le bout de la chaîne
La roue de l'hamster
Gueules cobayes
Gueules rebus
Gueules sans nom
Ici l’avilissant train-train quotidien
Qui secrètement ne demande qu'à dérailler
Ici le bout de la chaîne