Et mon quartier est semblable à tous les quartiers populaires
En ce sens qu'il dépérit en périphérie
La même grisaille
La même folle concentration
Les mêmes cloisons en carton
Le même isolement
La même double peine
Loin de la ville elle même loin de la vie
Un double cul-de-sac
Un trouble jour
Nous sommes enfermés à double tour

Ici ?
C’est tous les jours dimanche
C’est mort
Quand je sors je dis je vais dehors
Destination floue comme nos destins
Ça veut dire en bas
Encore
Là où je trouve toujours du renfort
Là où on glande en bande et tient les murs
Là où la merde au cul ça joue déjà à faire les durs
Et ça sent le sapin
Au sens propre comme au fissuré
Y a plus de boulot
C'est la zone dans mon quartier défiguré

Ici ?
C’est devenu la plaque tournante
Le paradis artificiel d'une région en tourmente
C’est de plus en plus fort
La dope fait son entrée c’est de plus en plus gore
Le soir dans la pénombre les criquets sortent de leurs trous
Vont demander leur dose quotidienne à crédit
Et vont se faire refouler
Ou se faire caillasser
Un peu d'héro pour oublier serait la panacée
Mon quartier ce massacre
Ma cour des miracles
Des hommes sans poids
Des femmes sans voix
Des silhouettes à la Giacometti
Et je ne compte plus les proches perdus dans la bagarre