Pas connu la prison,
On m’a jamais enfermé, privé d’horizon
Pas connu les coups en garde à vue,
Leurs humiliations, non, j’ai pas connu ce genre d’abus
Pas connu les drogues dures, ce besoin d’oublier qui te torture
Pas connu la faim,
N’avoir plus de toit, plus que soi, mendier pour un bout de pain
Pas connu la DDASS, les foyers d’accueil
Des parents au chômage, alcooliques qui me tabassent
Pas connu les sections garages, l’échec scolaire comme seul bagage
Pas connu le travail à dix ans,
Déjà que c’est épuisant mais à cet âge là c’est tuant

Pas connu la clandestinité
Subsister sans pouvoir exister
Pas connu la prostitution
Vendre son corps à un porc qui assouvit ses pulsions
Pas connu la condition de beaucoup de femmes chez moi
Esclaves des hommes ceux qu’ont tous les droits
Pas connu les embrouilles de business
La spirale infernale qui déferle dans ma tess
Pas connu l’huissier de justice
Qui a le droit de tout prendre et te fait plonger dans les abysses
Pas connu la déchéance d’une famille
Faisant face aux créances et à leurs putains d’échéances
Pas connu ce qui mène à se tailler les veines
Et passer à l’acte sous le poids de la peine
J’ai pas connu tout ça et pourtant j’aurais pu…

Je viens de là où on vit tous en sursis
De là où on n’est jamais à l’abri
De là où on est les premiers à tomber
Les premiers à payer, les premiers sacrifiés
Mon camp est pauvre, on l’exploite
Mon camp n’est jamais patron dans sa boîte
Mon camp, il a perdu le sommeil,
Tellement le temps qui passe maintenant l’effraye
Mon camp n’a pas le droit d’être moyen
Dans mon camp, soit t’excelles, soit tu vaux rien
Mon camp doit encaisser jusqu’au bout,
Jusqu’à quand on tient embourbé jusqu’au cou
Mon camp, c’est un volcan qui dort
Mon camp bout, il est tout sauf mort
Mon camp quand il descend dans la rue
Il sème la panique et fait pâlir les élus