Pendant que les charognards aux armures brillantes se pavanent
Et trinquent à la santé des cigarières de la Havane
La tête dans l’engrenage d’un long combat ordinaire
Je viens marteler la terre d’un tas de paroles incendiaires
Mélancolique, je ne rêve plus d’équilibre ni d’harmonie
J’entends se rapprocher le grincement des automates
Sur le fil, je rêve de ne pas sombrer dans la folie
Et de finir par avancer le dos courbé à quatre pattes
Les semelles usées d’avoir traîner un peu partout
A cravacher comme un chien la gueule ouverte et l’air de rien
J’en ressors traumatisé de gérer ma vie au coup par coup
D’avoir la même rengaine qui vient rythmer le quotidien
Toujours à cran jusqu’à quand et jusqu’où
Jusqu’au dernier retranchement, jusqu’à plus tenir debout
Je ne vois que des caboches saturées de plomb à l’horizon
Des visages sans nom qui hurlent seuls à l’unisson

Arrêter ce train, je veux descendre
Là bas il n’y a plus rien que du feu et des cendres
Arrêter ce train, j’ai dit, je veux descendre
La foule le crie, le scande et personne ne peut l’entendre
Un furieux sentiment d’impuissance me terrasse
Me vide de ma substance à mesure que le temps passe
Je n’ai pas choisi le wagon, ni même la direction
Et je m’enfonce tout droit dans ce tunnel funèbre en perdition
Une odeur putride plane et lacère l’atmosphère
J’ai la rétine choquée devant le charnier à ciel ouvert
Je ne me reconnais pas dans ce monde,
je n’y trouve pas ma place
Et je suffoque perdu dans le dédale des couloirs de l’angoisse
Ce train n’a ni queue ni tête, il roule à vive allure
Et écrase tout sur son passage, moteur au bord de la rupture
A l’intérieur, c’est la panique, les neurones court-circuitent
Ca va trop vite pour rétablir, on connaît tous la suite
Maudit soit la race des puissants, aiguilleurs du chaos
Leurs instincts suicidaires
et leurs penchants pour l’échafaud
Aux coins des lèvres toujours cette arrogance, ce petit rictus
Mais ils oublient que pour eux aussi il n’y a qu’un mur comme terminus

Arrêter ce train, je veux descendre
Là bas il n’y a plus rien que du feu et des cendres
Arrêter ce train, j’ai dit, je veux descendre
La foule le crie, le scande et personne ne veut l’entendre
Du fric, bien sûr qu’on veut du fric
De la maille, pour pas finir sa vie sur la paille
Et ouais la tune, des fois pour ça on décrocherait la lune
Besoin d’oseille dans ce monde où tout se paye