Je suis d’une race à part je suis pourtant commun.
Je suis parfois dans la lumière mais je ne la cherche pas.
La renommée je m’en tamponne.
La seule chose qui m’intéresse est la justesse de mon rapport au carbone.
Je suis un très mauvais stratège.
Le marketing ne me parle pas, l’argument de ma maison est artistique.
Je ne fais pas de la musique au mètre.
Plutôt retourner trier des palettes que de la compromettre.
Un texte peut me prendre 3 heures 3 jours ou 3 mois rien à battre.
Le temps ne compte pas dans ce domaine.
Ce qui compte c’est la finalité.
C’est l’oeuvre.
C’est tout ce qui reste.
Ce qui compte c’est de pouvoir se regarder dans la glace dignement.
Et si mes textes te parlent tant mieux mais je ne suis que le porte-parole de la mienne.
Ni dieu ni maître ni gourou ni chef de file je fuis les détenteurs de vérité les donneurs de leçon et tous les prétendants aux titres.

Décalé

J’écris comme je cause.
La rime est dangereuse donc je la dose.
Elle peut facilement modifier mon point de chute.
Et tout est dans la chute.
La rime c’est de la forme.
Et la forme sans fond c’est un uppercut sans punch, un coup foireux.
C’est des mots rajoutés pour qu’elle tombe au bon endroit.
Des compromis de vocabulaire pour qu’elle sonne.
C’est la chape de plomb d’une mécanique prévisible et grossière, je n’écris pas pour rimer mais pour exprimer.
Et l’enjeu réside à le faire de la manière la plus sincère.
Pour que ça touche, pour que ça perfore.
Avec le mot le plus tranchant, le mot le plus précis, celui qui force l’écoute parce qu’il est lourdement chargé.
Le mot debout de l’oppressé du rescapé du fugitif, eh ouais les mots... toujours les mots.
Je veux des tripes. Je veux savoir de quel feu tu brûles.
Je veux que la pensée déroule jusqu’au point d’exclamation.

Décalé

Mais l’entreprise artistique n’est qu’une entreprise.
Avec la fameuse théorie du produit et du rendement qui en découle.
L’important est que ça vende. Peu importe la méthode l’important est que ça prenne.
Une scrupuleuse obsession à divertir bêtement.
À nier ouvertement le malaise de peur que ça nuise.
À se décontextualiser parfaitement parce qu’autrement ça ne passe pas.
Parce qu’autrement ça sortirait du cadre.
Parce que le gens n’est pas réceptif.
Le gens n’a pas le temps ou n’est pas d’humeur.
Ce que veut le gens c’est de la mélodie up tempo, la sacro-sainte mélodie.
Facile et consensuelle
L’ingrédient de base pour une mise en rotation massive.
3Min30.
Refrain petit couplet refrain petit couplet pont deux fois refrain.
Construction implacable magistralement calibrée.
Ça fait du fric.
Y a pas à dire c’est de la qualité.
Et l’industrie se le refile, se l’approprie et l’introduit.
L’intronise comme le nouveau prodige le décline à toutes les sauces.
Le milieu respecte ça à ses yeux c’est bien produit et le public applaudit.
Et au suivant, on ouvre la trappe et on la referme.
La pisse passe pour un grand cru et les vessies pour des lanternes.
Ouais au suivant, on ouvre la trappe et on la referme.
La pisse passe pour un grand cru et les vessies pour des lanternes.

Décalé